août 3, 2022

« Ça risque de péter, vous comprenez ? », l’inquiétude après les explosions à la poudrerie

Par actudujour


La police, venue les prévenir, a déjà bouclé le périmètre. Quelques minutes plus tôt, plusieurs explosions ont retenti et un incendie s’est déclaré dans un bâtiment de stockage de Manuco (branche d’Eurenco), faisant huit blessés, dont un en urgence absolue.

De la zone commerciale des Trois Vallées, en direction de Lalinde, à l’entrée de l’allée des Grands-Ducs qui mène vers le centre-ville, jusqu’au rond-point de la rue Albert-Garrigat, les routes ont été barrées. « Ça risque de péter, vous comprenez ? », lance une policière, en haussant le ton, à un automobiliste qui insiste pour passer le barrage.

Dans le secteur, l’ambiance oscille entre circonspection et inquiétude, voire panique. À l’aire d’accueil des gens du voyage des Gilets, c’est le branle-bas de combat. « Maman, t’as pas entendu ? Il faut partir ! », crie une jeune fille à sa mère qui rechigne à quitter les lieux. Elle a garé sa voiture sur le bas-côté, warnings allumés, pendant que les caravanes se succèdent à la sortie du camp, en direction de la N21. En quelques dizaines de minutes, l’espace des Gilets s’est presque entièrement vidé.

L’aire d’accueil des Gilets, mercredi 3 août, après l’explosion. Elle comptait des dizaines de caravanes quelques heures plus tôt.


L’aire d’accueil des Gilets, mercredi 3 août, après l’explosion. Elle comptait des dizaines de caravanes quelques heures plus tôt.

Hugo Ruaud

Mémoire collective

Dans le coin, la poudrerie, installée sur ce site depuis des lustres, est très connue. Les risques inhérents à son activité aussi. « Forcément, ça inquiète, quand on sait ce qu’ils fabriquent, que le site est classé Seveso. C’est pas rassurant », explique l’employée d’une entreprise basée à proximité. Ces dernières années, un seul incident notable a eu lieu : une explosion en 2013, qui avait fait trois blessés.

Mais un accident plus impressionnant a marqué la mémoire collective des Bergeracois : « Dans les années 1980, il y avait eu une énorme explosion, ça avait détruit une bonne partie de l’usine. Tous ceux qui habitaient dans le coin s’en souviennent, je peux vous le dire », jure un homme d’une soixantaine d’années, en regardant en direction de l’usine depuis sa maison située sur l’autre rive de la Dordogne. À l’époque, en effet, plus de 900 tonnes de nitrocelluloses avaient pris feu. Alors certains, dans ce périmètre un peu plus large, s’attendent à être également évacués : « On pense que l’on va nous demander de partir, on va voir », s’aventure une employée d’Engie, inquiète. Mais cette consigne ne viendra pas.

« Forcément, ça inquiète, quand on sait ce qu’ils fabriquent »

Car pendant ce temps, les camions de pompiers défilent sur le boulevard Charles-Garraud, complètement désert. De Bergerac, Mussidan, Lalinde, et même de Gironde, une soixantaine de soldats du feu accourent. « D’une part pour prendre en charge les victimes, d’autre part pour éteindre l’incendie. La priorité, c’est toujours les victimes, c’est ce que l’on traite en premier. Mais là, on a pu mener les deux actions de front, grâce au nombre de pompiers présents », explique le commandant Philippe Flamand, chef du secteur Sud en Dordogne. Grâce au travail des pompiers, le feu a été rapidement circonscrit et la menace de « surexplosion » écartée.

Plan blanc déclenché

Dès 14 h 40, un premier hélicoptère atterrit sur le terrain de foot près du gymnase Aragon, à 200 mètres du site. Les huit blessés, pris en charge rapidement par les secours, ont été répartis dans les différents hôpitaux de la région. La personne grièvement blessée a été héliportée à Bordeaux, tandis que les sept autres ont été réparties entre Bergerac et Périgueux. Le centre hospitalier bergeracois a déployé son « plan blanc », ce qui a permis de « faciliter la prise en charge des victimes », selon Jean-Charles Jobart, le sous-préfet de Bergerac.

Une fois les choses maîtrisées, et tandis que le maire de la ville, Jonathan Prioleaud, ainsi que le sous-préfet arrivaient sur place, la cinquantaine d’employés présents, regroupés jusqu’alors dans l’enceinte du site, ont commencé à sortir, au compte-goutte. Tous ont bien sûr entendu les détonations. « Ça a bien vibré », témoigne l’un. « Ça a fait un beau champignon », décrit son collègue. « La tôle a volé », complète un dernier. Circonspects et inquiets pour leurs collègues blessés, ils ignorent les origines de l’accident, pour lequel une enquête vient d’être ouverte.



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