mai 13, 2022

Oussekine sur Disney+ : comment est née la série… après 36 ans de silence – News Séries

Par actudujour


Antoine Chevrollier est le premier auteur à transposer l’affaire Malik Oussekine sur les écrans. Entouré d’une équipe d’auteurs, il a reconstitué le fil de ce drame pour Disney+. Rencontre avec les plumes de la série pour comprendre sa fabrication.

La première fois qu’Antoine Chevrollier, créateur de la série, entend le nom de Malik Oussekine, c’est en écoutant L’État assassine du groupe de rap Assassin. Le titre sort en 1995, il n’a alors que 13 ans. Depuis, le scénariste et réalisateur a le sentiment d’être investi d’une mission pour raconter cette histoire. Personne ne l’avait fait avant lui.

Le prisme de l’intime, cette mère qui perd son fils, m’intéresse autant que l’affaire elle-même, explique-t-il. En racontant ce récit, je voulais également éclairer notre présent. Qu’est-ce qui ne s’est pas passé ? Quel virage a été mal négocié par les politiques et notre société après ce drame ?

S’entourer pour créer

La sortie d’une telle série sur la plateforme de Disney est étonnante. Pourtant, tout s’est fait naturellement. Après avoir réalisé des épisodes pour Le Bureau des Légendes et la saison 3 de Baron Noir, Antoine Chevrollier est contactée par Pauline Dauvin, vice-présidente et directrice des programmes pour la firme. Oussekine est déjà dans la tête du créateur depuis des décennies. Chez Disney, le projet séduit et le coup d’envoi est lancé.

Néanmoins, hors de question pour le créateur d’embarquer seul. Pour raconter cette histoire, il veut plusieurs plumes, différents points de vue, d’autres sensibilités. Il crée donc une équipe. Cédric Ido – scénariste et réalisateur -, Faïza Guène – romancière et scénariste – et Julien Lilti – scénariste – le rejoignent.

Se documenter, se connaître

La première étape du travail a été réalisée par Lina Soualem, réalisatrice de documentaires. C’est elle qui a regroupé toutes les informations sur l’affaire : les articles de presse, les images d’archives, les reportages télévisés… Elle a aussi mobilisé les témoins et coordiné l’écriture. Son rôle est indispensable pour la suite.

Je ne dormais plus, lance-t-elle. Toute la journée, je regardais tout ce qui était sorti sur l’affaire. De la matière, il y en a. C’était donc un choix d’occulter cette histoire et de ne pas en parler pendant des années, la preuve.”


Thomas Desroches
De g. à d. : Cédric Ido, Julien Lilti, Faïza Guène, Antoine Chevrollier et Lina Soualem.

Pour que l’écriture soit fluide et que la cohésion du groupe soit réussie, il fallait se découvrir. “Avant même de poser les premiers mots, on a beaucoup parlé de Malik, de nos parcours et des années quatre-vingt, détaille Julien Lilti. Nous sommes de la même génération, mais nos expériences sont tellement différentes. Accorder nos instruments, ça demande de la confiance, de la générosité et faire entrer l’autre à l’intérieur de soi.”

De son côté, Antoine Chevrollier a rencontré Mohamed, Ben Amar et Sarah Oussekine, les deux frères et la sœur de Malik. Grâce à eux, les scénaristes ont pu découvrir l’histoire de l’intérieur. Quant aux zones d’ombre, elles ont été romancées.

S’organiser avant d’écrire

L’équipe se réunit autour d’une table tous les jours. Ils écrivent les axes principaux sur des feuillets Post-It qu’ils collent aux murs. À la fin de la journée, ils se racontent une nouvelle fois les épisodes, un par un. Progressivement, la matière est travaillée et la phase du scénario peut commencer. “Quand un écrivait, les trois autres continuaient de travailler sur la structure et les trajectoires”, fait savoir Antoine Chevrollier.

Pendant l’écriture, l’étape de la documentation ne s’arrête jamais. Les auteurs visionnent encore et toujours des extraits de journaux télévisés, des vieilles publicités et écoutent même d’anciens tubes pour s’imprégner de l’époque.


Disney+
Le portrait de Malik Oussekine, interprété par Sayyid El Alami.

Dans leurs échanges, chacun se laisse aller à l’intime. Tous dévoilent des moments de leurs vies. Ils infusent cette sensibilité dans l’écriture des scènes. “La séquence finale de l’épisode 1, lorsque la famille Oussekine se tient dans les bras, c’est quelque chose qui est vraiment arrivé à Cédric Ido, raconte Julien Lilti. Il y a beaucoup de nous tous dans la série.”

Faïza Guène poursuit : “C’est très déroutant. Parfois, intuitivement, on devinait presque certaines choses. Lorsque la famille a rencontré Antoine, ces éléments se sont confirmés.”

Avec Oussekine, les scénaristes espèrent remettre en lumière une histoire qui a porté tout un pays il y a près de quarante ans. Raconter et montrer pour ne plus que les choses se répètent. Cédric Ido conclut : “Il faut parler de cette violence pour prévenir de celles à venir.”

Propos recueillis par Thomas Desroches, à Paris et à Lille, en mars 2022.

Oussekine est disponible sur Disney+.



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